Résumé et extraits du document : Faculté scientifique et médicale de Grenoble Médecine et Pharmacie.

LA STATION ASSISE DE TRAVAIL : REFLEXIONS ET BIOMECANIQUE.

Texte intégral : 148 pages

Auteur: Mme Corinne LELONG, née CHEVALLIER

Thèse pour obtenir le grade de Docteur en Médecine Diplôme d’Etat.

Le siège n’est plus adapté ni à l’individu ni à sa fonction. Dans les écoles les enfants grandissent et changent de classes, mais gardent le même bureau, le même siège selon STAFFEL et ce mobilier reste immuable.
Il n’est donc qu’exceptionnellement adapté à leur taille et l’enfant, dès son plus jeune âge, apprend qu’à notre époque c’est à l’homme de se façonner au mobilier et non au mobilier d’être fait à son image.
Station assise de travail… Elle a été préconisée en 1884 par STAFFEL, chirurgien orthopédiste allemand…

Il s’agit d’un siège à assise horizontale, muni d’un soutient lombaire, faisant un angle de 90 degrés par rapport à l’assise. Le sujet étant alors assis, chevilles, genoux, hanches, sont à angle droit. … Il est surprenant de constater que les suggestions de STAFFEL se soient imposées sans remise en cause pendant des décennies alors que celui-ci n’a jamais réellement prouvé pourquoi cette posture était meilleure qu’une autre. Néanmoins cette posture a été acceptée sans critique par les experts du monde entier comme étant la seule correcte.
D’autres éléments sont venus aggraver cette posture de travail comme la réduction de la hauteur des sièges et du plan de travail, ceci malgré la tendance au grandissement de la population ; on peut également citer la bascule de l’assise de 5 degrés vers l’arrière. Tous ces éléments ne font qu’exagérer la flexion lombaire en position de travail.

La colonne vertébrale de l’homme doit concilier trois fonctions :

  • Le rôle de support statique du corps, non seulement sous la contrainte de la pesanteur mais aussi en tenant compte des surcharges imposées par les impulsions dynamiques et cinétiques de plus en plus majorées par les conditions de la vie moderne.
  • La mobilité et l’orientation spatiale du corps intervenant à tout moment de notre vie et ce quel que soit la position de l’individu.
  • La protection de l’axe nerveux vital constitué par la moelle épinière et les nerfs rachidiens.
  • Toute altération de l’une de ces fonctions entraîne l’apparition d’une pathologie plus ou moins grave, pouvant aller de la simple lombalgie aux atteintes les plus invalidantes.

Il est donc important de se souvenir que la statique rachidienne est modelée à 10 ans et que toute anomalie devient irréversible après la puberté. Il est capital de surveiller la posture d’un enfant ainsi que ses sports afin d’obtenir un bon équilibre de ses courbures rachidiennes. Il faut dénoncer le milieu scolaire et universitaire ou nos enfants passent de nombreuses heures à étudier le dos incliné sur un mobilier aberrant, sans aucune adaptation, pouvant être à l’origine d’altérations rachidiennes irréversibles.

Pour MACHEMSON, la charge approximative du disque L3-L4 chez un individu de 70 kilos est de :

  • En position debout de 100% du poids du corps, soit 70 kilos.
  • En position couchée 25% du poids du corps, soit 25 kilos.
  • En position assise sans appui 140% du poids du corps, soit 100 kilos.
  • En position assise penchée en avant de 20° 185% à 275% du poids du corps en fonction de la tâche à accomplir.

En 1984, FISKS constate au cours d’une étude sur les facteurs de risque de la maladie de SCHEURMANN que le seul facteur prédisposant retrouvé est la station assise prolongée, imposée aux jeunes sur des sièges et des bureaux mal adaptés à leur stature ; sur ces mobiliers trop bas, l’adolescent reste des heures en position de cyphose dorsolombaire. Ceci entraîne une augmentation des pressions intra-discales. La réduction de la mobilité peut être responsable d’une diminution de la nutrition du disque…… ces mauvaises postures assises, en cyphose, souvent accompagnées de mouvements de torsion, amènent non seulement des troubles discaux, mais également des troubles statiques. Ces troubles une fois la croissance terminée sera irréversible. Il est donc fondamental de revoir le poste de travail de l’ensemble de la population, y compris celui des enfants et des adolescents qui seront les travailleurs de demain.

Les contraintes tissulaires… Les études ont permis de montrer que le matériau de l’assise du siège ne doit pas être trop dur ni trop mou. En effet sur une assise trop dur, tout l’effort sera concentré sur les ischions, ceci pouvant entraîner rapidement des douleurs… »

EXPERIMENTATION

Trois positions assises de travail ont été choisies :

  • Position A : La station assise de travail sur un siège incliné de 15° en avant par rapport à l’horizontale, le plan de travail est incliné de 10° sur l’horizontale, les hauteurs sont parfaitement adaptées à la taille du sujet afin de permettre une distance avec les yeux et le plan de travail de 30 cm sans nécessiter un mouvement du tronc.
  • Position B : La station assise de travail habituelle sur un siège à assise horizontale, plan de travail horizontal, imposant nécessairement une flexion du tronc vers l’avant pour maintenir une distance avec les yeux et le plan de travail de 30 à 40 cm.
  • Position C : La station assise redressée, telle qu’elle a été décrite par STAFFEL, assise horizontale, pieds, genoux à angle droit, regard à l’infini ne pouvant représenter une position de travail.

Il est possible d’écrire que chacun des 3 derniers disques lombaires supportent :

  • En position A : 90% du poids du corps.
  • En position B : 200 % du poids du corps.
  • En position C : 140 % du poids du corps.

Cette nouvelle station assise représentée par la position A permet de réduire :

  • de 55% l’ensemble des contraintes discales an niveau des 3 derniers disques lombaires, par rapport à notre station assise de travail habituelle représentée par la position B.
  • de 33% l’ensemble des contraintes discales an niveau des 3 derniers disques lombaires par rapport à la station assise redressée, représentée par la position C. »

CONCLUSION

Cette étude démontre que, lors de la station assise avec un siège horizontal, les contraintes rachidiennes sont importantes, susceptibles de favoriser le vieillissement du disque. Il est possible de diminuer ces contraintes de l’ordre de 50% par l’adaptation du poste de travail sur siège incliné vers l’avant, permettant d’éviter toute flexion lombaire.

Nous pouvons conclure que la station assise de travail actuelle n’est pas une position de repos rachidien. Le siège de travail, comme les autres sièges, doit être conçu principalement, non pas en fonction de considérations esthétiques, mais de données ergonomiques permettant d’assurer un véritable confort, c’est à dire une économie fonctionnelle des structures rachidiennes. Ceci impose une adaptation raisonnée du siège et du poste de travail, aux caractéristiques propre de l’activité et du sujet lui-même. L’entreprise et le milieu scolaire paraissent être les lieux privilégiés et les plus concernés par cette nécessaire adaptation de la position assise.